L'étude annuelle du CREDOC sur la diffusion des technologies de l'information et de la communication dans la société française est toujours utile, tant prolifèrent les impressions et jugements à l'emporte-pièce face aux perpétuels changements du secteur. L'utilisation de séries longues, la constitution d'un échantillon représentatif, les tris divers (âge, CSP, revenus, taille de la commune...) en font une référence très utile.
L'étude 2012 comporte une question nouvelle, sur la corrélation entre le sentiment d'être heureux et l'utilisation diversifiée d'internet. Ce n'est peut être pas la plus pertinente...
On ne saurait trop conseiller la lecture intégrale du rapport, dont voici quelques extraits commentés.
Fixe et mobile : addition et non substitution
Au moment où certains s'interrogent sur la "substituabilité" éventuelle de la 4G au FTTH, il n'est pas inutile d'observer les tendances longues. Depuis 2005, le taux d'équipement en mobile (pour les 12 ans et plus) est passé de 70 à 88%. Le taux d'abonnement en fixe, dans le même temps, est passé de 82 à 90%, après une décrue pendant les années précédentes. En parallèle, les performances du mobile ont été boostées par le passage de la 2G à la 3G+ et un tiers de la population est équipée d'un smartphone.

Quinze ans après l'apparition du mobile, le taux d'abonnement en fixe est passé de 94 à 90% ; les non abonnés sont pour l'essentiel les personnes seules au foyers, jeunes et à bas revenus. Autrement dit la part de substitution constatée est très faible alors que réseaux et équipements le permettent, et elle est largement contrainte par des considérations économiques.
Accès à internet toujours en hausse et un peu moins inégalitaire

Les courbes d'équipement en ordinateur et d'abonnement à internet continuent à progresser (+ 3% en un an) sans dessiner une prochaine asymptote. En parallèle, le multi-équipement progresse aussi (35% des foyers ont plusieurs ordinateurs, et 8% une tablette).
Cette progression pour les ordinateurs et internet vient essentiellement d'une forte augmentation du côté des personnes âgées, à bas revenus ou à faibles diplômes. Ces inégalités, si elles diminuent, restent encore très fortes.
Bon débit et freins au basculement vers le très haut débit

51% de ceux qui peuvent accéder à la fibre déclarent qu'ils ne s'y sont pas abonnés parce que le débit actuel leur convient. L'augmentation des usages, de leurs besoins de débit (TV HD, utilisation bidirectionnelle du cloud...), du multi-équipement devraient peu à peu éroder ce chiffre, qui concerne surtout les grandes villes aujourd'hui, là où les débits de l'ADSL sont en moyenne les meilleurs.
Plus positif pour le déploiement de nouveaux réseaux, la raison principale pour ne pas être passé au THD est d'abord qu'il n'est pas disponible (54%), surtout dans les petites communes. Les facteurs "prix" et "travaux à faire dans le domicile" constituent des freins relativement négligeables. On notera également que le deuxième facteur de choix du FAI est le débit, derrière la qualité des services et l'image de marque (57%), et devant la box ou le bouquet tv.
La vie devant les écrans

Avec 20 heures par semaine devant le poste de télévision, 13 heures sur internet et 3 heures sur un terminal non connecté, c'est une moyenne de 5 heures par jour qui sont passées devant un écran... En estimant à 12h/jour les besoins physiologiques (sommeil, repas, toilette), cela représente en moyenne 43% du temps restant devant un écran, travail et loisirs confondus. Un chiffre qui fera frémir certains, et réjouira d'autres qui identifieront une marge de progression (voir le "project glass" de Google pour projeter un tas de nouvelles utilisations sur nos lunettes, à chaque occasion...).
Au bonheur d'internet

Internet fait-il seulement le bonheur des actionnaires des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) ? L'étude mesure la corrélation entre le sentiment d'être heureux et la multiplicité des pratiques sur internet. Pour démontrer quoi ? Que le multi-usage rend heureux ? Que le bonheur pousse au multi-usage ?
On relèvera que les pratiques varient aussi suivant des facteurs plus objectifs : de 4,1 à 7 suivant le revenu, de 2,2 à 7,6 suivant le niveau de diplôme, et de 1,3 à 8,7 suivant l'âge. Hasardons une explication : il pourrait exister un lien entre le sentiment d'être heureux et le fait d'être jeune avec un bon niveau de revenu, et sans doute un job plus intéressant.